Plancher bois : guide technique de dimensionnement et pose

Un plancher bois est une structure horizontale porteuse composée de solives (poutres espacées) et d’un revêtement (OSB, parquet). Il supporte les charges permanentes (cloisons, mobilier fixe) et les charges d’exploitation (personnes, meubles mobiles). Sa fiabilité repose sur un dimensionnement précis selon les abaques de solivage et le respect des règles de pose du DTU 51.3.
Points de vérification avant tout projet de plancher bois :
- Portée des solives : distance entre appuis (murs porteurs, poutres)
- Entraxe : espacement entre axes des solives (40, 50, 60 cm selon charge)
- Charge d’exploitation : 150 kg/m² (habitation), 250 kg/m² (combles aménagés), 500 kg/m² (plancher technique)
- Abaque de solivage : tableau déterminant section de solive selon portée et entraxe
- Épaisseur OSB : 15-22 mm selon entraxe et usage (OSB 3 minimum, OSB 4 pour zones humides)
- Isolation acoustique : bande résiliente sous solives, laine minérale entre solives
Le dimensionnement incorrect d’un plancher bois provoque flèches excessives, fissures de cloisons, craquements et, dans les cas graves, affaissement structurel. Toujours consulter un bureau d’études pour portées > 4,5 m ou charges > 250 kg/m².
Structure d’un plancher bois : solives, lambourdes et support
Les solives : élément porteur principal
Les solives sont les poutres horizontales espacées régulièrement qui supportent le plancher. Elles reposent sur les murs porteurs ou sur des poutres transversales (lambourdes secondaires).
Sections courantes :
- 50 × 150 mm : portée 2,5-3 m, entraxe 50 cm, habitation
- 63 × 175 mm : portée 3-3,5 m, entraxe 50 cm, habitation renforcée
- 75 × 200 mm : portée 3,5-4 m, entraxe 50 cm, combles aménagés
- 75 × 225 mm : portée 4-5 m, entraxe 50 cm, charges importantes
L’essence de bois influence la résistance : résineux classe C24 (sapin, épicéa) pour usage courant, chêne ou Douglas classe D30 pour portées importantes. Le bois doit être sec (humidité < 18 %), raboté et exempt de nœuds traversants.
Les lambourdes : support intermédiaire
Les lambourdes sont des pièces de bois (63 × 40 mm ou 75 × 50 mm) posées à plat sur dalle béton ou sur solives existantes. Elles créent un vide technique pour passage de gaines et améliorent l’isolation acoustique via lame d’air.
Applications principales :
- Rénovation : pose parquet sur ancien plancher sans dépose
- Dalle béton : relèvement du niveau, ventilation sous parquet
- Solivage secondaire : diviser l’entraxe des solives principales pour OSB fin
Espacement des lambourdes : 40-50 cm maximum pour OSB 15-18 mm. Fixation par vis à béton (dalle) ou vis bois (solives), tous les 40-60 cm. Calage obligatoire sous chaque lambourde pour éviter jeu et affaissement.
Le support : OSB, planches ou parquet massif
Le support de finition se fixe sur le solivage et répartit les charges. Trois solutions principales :
OSB 3 ou OSB 4 : panneaux de copeaux orientés collés, standard actuel. OSB 3 (milieu humide occasionnel) pour intérieur, OSB 4 (milieu humide permanent) pour salles d’eau, cuisine. Épaisseurs 15-22 mm selon entraxe.
Planches massives : sapin, épicéa ou pin 22-27 mm, rainure-languette. Pose traditionnelle, bon confort thermique, mais coût supérieur et sensibilité aux variations hygrométriques.
Parquet massif porteur : chêne, hêtre 22-23 mm minimum. Double fonction (structure + finition). Réservé aux entraxes ≤ 40 cm. Obligatoire de poser en travers des solives, jamais dans le sens.
Dimensionnement du solivage : portée, entraxe et charges
Comprendre les charges d’un plancher bois
Deux types de charges sollicitent un plancher bois :
Charges permanentes (G) : poids propre du plancher (OSB, solives, isolant, revêtement, plafond suspendu). Valeur moyenne : 40-60 kg/m² pour plancher bois classique avec plafond BA13.
Charge d’exploitation (Q) : usage du local selon normes Eurocode 1 :
- Logement, bureaux : 150 kg/m² (pièces habitables)
- Combles aménagés : 150 kg/m² (zone de circulation) + 250 kg/m² (zones de stockage)
- Escaliers : 250 kg/m²
- Combles perdus accessibles : 100 kg/m² (entretien uniquement)
- Locaux techniques, archives : 500 kg/m² minimum
La charge totale de calcul combine ces valeurs avec coefficients de sécurité. Ne jamais sous-estimer : un plancher dimensionné pour 150 kg/m² ne supporte pas aquarium 300 L (300 kg concentrés) sans renfort local.
Abaque de solivage : déterminer la section de solive
L’abaque de solivage est un tableau croisant portée (distance entre appuis), entraxe et charge d’exploitation pour indiquer la section de solive requise. Il intègre flèche maximale admissible (L/400 à L/500 pour limiter fissures de cloisons et vibrations).
Exemple d’abaque simplifié (bois résineux C24, charge 150 kg/m²) :
| Portée (m) | Entraxe 40 cm | Entraxe 50 cm | Entraxe 60 cm |
|---|---|---|---|
| 2,5 | 50×125 | 50×150 | 63×150 |
| 3,0 | 50×150 | 63×175 | 63×200 |
| 3,5 | 63×175 | 63×200 | 75×225 |
| 4,0 | 63×200 | 75×225 | 75×250 |
| 4,5 | 75×225 | 75×250 | Étude requise |
Ces valeurs sont indicatives. Consulter les abaques officiels du CNDB (Centre National de Développement du Bois) ou du fabricant de solives pour dimensionnement précis. Les portées > 4,5 m nécessitent calcul par bureau d’études (flèche dynamique, vibrations).
L’entraxe : équilibre entre économie et rigidité
L’entraxe (distance entre axes de deux solives consécutives) influence quantité de bois et épaisseur du support. Trois valeurs standard :
40 cm : OSB 15 mm suffisant, parquet 22 mm. Plancher rigide, peu de flexion. Usage : combles aménagés, plancher technique avec charges localisées.
50 cm : OSB 18 mm minimum, parquet 23 mm. Compromis économique pour habitation courante. Le plus répandu en neuf.
60 cm : OSB 22 mm minimum, parquet non recommandé (flexion). Économie de bois mais support plus coûteux. Réservé aux grandes portées avec solives robustes.
Règle de sécurité : réduire l’entraxe plutôt qu’augmenter la section si flèche calculée > L/500. Un plancher bois trop souple vibre au passage, craque et fissure les cloisons même sans défaillance structurelle.
Pose de l’OSB : règles du DTU 51.3 et joint de dilatation
Épaisseur OSB selon entraxe et usage
Le DTU 51.3 (revêtements de sol intérieurs) fixe les épaisseurs OSB minimales :
| Entraxe solives | Épaisseur OSB 3 | Usage/charges | Points de pose |
|---|---|---|---|
| 40 cm | 15 mm | Habitation légère | Vis tous les 15 cm |
| 50 cm | 18 mm | Habitation standard | Vis tous les 15 cm |
| 60 cm | 22 mm | Charges renforcées | Vis tous les 10 cm |
| Lambourdes 30-35 cm | 12 mm | Rénovation légère | Vis tous les 20 cm |
Choisir OSB 3 pour pièces sèches (chambres, salon), OSB 4 pour cuisine, salle de bains, buanderie. L’OSB 2 (milieu sec uniquement) est interdit en plancher habitable.
Pose en quinconce et joint de dilatation
La pose en quinconce décale les joints entre rangées de panneaux pour éviter alignement des faiblesses. Chaque panneau repose sur au moins 3 solives. Orientation du grand côté perpendiculaire aux solives.
Joint de dilatation obligatoire :
- 3 mm entre panneaux OSB (dilatation hygrométrique)
- 10 mm en périphérie (murs)
- 15 mm autour de passages verticaux (tuyaux, gaines)
Fixer à la visseuse avec vis bois tête fraisée 4 × 40 mm minimum (2,5 fois l’épaisseur OSB). Espacement :
- 15 cm le long des rives (bords sur solives)
- 30 cm en partie courante
- 10 cm si entraxe 60 cm ou charges > 250 kg/m²
Coller les panneaux sur solives (mastic PU) améliore rigidité de 20 % et supprime craquements. Compter 150-200 vis par panneau 250 × 125 cm.
Sens de pose et découpes
Toujours poser l’OSB grand côté perpendiculaire aux solives pour maximiser nombre d’appuis. Un panneau sur 2 appuis au lieu de 3 fléchit excessivement.
Découpes :
- Scie circulaire pour coupes droites (rail de guidage recommandé)
- Scie sauteuse pour passages de tuyaux, angles
- Lame fine (60-80 dents) pour limiter éclats
Réserver 15 mm autour des tuyaux rigides (PVC, cuivre) pour éviter transmission de vibrations. Combler ensuite avec mousse PU expansive ou laine minérale.
Isolation acoustique et bruits d’impact
Bande résiliente sous solives
L’isolation acoustique verticale passe par désolidarisation. Coller une bande résiliente (mousse élastomère 5-10 mm) sous chaque solive à ses points d’appui (murs, poutres). Elle absorbe vibrations et réduit bruits transmis à l’étage inférieur de 3-5 dB.
Compléter avec laine minérale semi-rigide (100-120 mm, densité 50-70 kg/m³) entre solives. Poser sans compression pour conserver performance acoustique (R = 1,2 m².K/W minimum). Éviter laine de verre trop souple qui tasse et perd efficacité.
Sous-couche acoustique et plancher flottant
Les bruits d’impact (pas, chutes d’objets) nécessitent traitement spécifique. Deux solutions :
Sous-couche acoustique : feutre 3-5 mm sous parquet collé ou flottant. Atténuation 15-20 dB. Respecter compatibilité avec parquet (certaines sous-couches dégagent humidité incompatible avec parquet massif).
Plancher flottant : dalle béton 4-5 cm sur film polyane + résilient périphérique. Système masse-ressort-masse isolant jusqu’à 25 dB. Surtout en rénovation sur ancien plancher bois quand performances requises (immeubles collectifs, réglementation acoustique NRA).
Attention : plancher bois sur solives métalliques (IPN, HEA) transmet mieux le bruit que bois/bois. Imposer bandes résilientes sous sabots métalliques et plots anti-vibratiles.
Rénovation et renforcement d’un plancher bois existant
Diagnostic d’un plancher ancien
Avant intervention, vérifier :
- Flèche en charge : si dépasse L/400, renforcement obligatoire
- Humidité du bois (humidimètre) : < 18 % acceptable, > 22 % = pathologie active
- Présence d’insectes xylophages (vrillettes, capricornes) : trous, sciure
- État des appuis : pourriture en tête de solive, corbeaux métalliques rouillés
Sonder les solives au poinçon : bois sain résiste, bois dégradé s’enfonce. Si plus de 30 % de la section est attaquée, remplacer la solive entière ou renforcer par jumelle boulonnée.
Techniques de renforcement
Ajout de solives intermédiaires : diviser l’entraxe par 2 (de 60 à 30 cm) double la rigidité. Caler les nouvelles solives au niveau des anciennes, les ancrer dans les murs porteurs (scellement chimique).
Jumelage de solives : boulonner une solive neuve contre chaque solive faible (boulons Ø 10-12 mm tous les 50-60 cm). Doublement de la section, conservation de la hauteur sous plafond.
Poutre de reprise : ajouter une poutre transversale (IPN, lamellé-collé) pour réduire la portée des solives existantes. Solution pour portées > 4,5 m ne pouvant être renforcées autrement.
Tout renforcement structurel doit être validé par bureau d’études. La responsabilité légale engage le maître d’œuvre sur 10 ans (garantie décennale).
Erreurs fréquentes et points de vigilance
Sous-dimensionnement du solivage
Utiliser des sections de solives insuffisantes pour économiser 100-200 € de bois coûte 5 000-15 000 € en reprise quelques années après. Les symptômes :
- Fissures en angle de cloisons (suivent le mouvement du plancher bois)
- Portes qui frottent en haut (déformation du bâti)
- Vibrations perceptibles au passage d’une personne
- Craquements réguliers (OSB qui travaille sur solives trop souples)
L’abaque de solivage n’est pas une suggestion mais une obligation technique. Dépasser de 10-15 % la section recommandée sécurise le dimensionnement.
Oubli des joints de dilatation OSB
L’OSB gonfle de 2-3 % par face en milieu humide. Sans joint de dilatation, les panneaux se soulèvent en vagues (“tuilage”), fissurent le carrelage ou déforment le parquet. Symptômes après 6-12 mois :
- Bosses le long des joints entre panneaux
- Craquements lors du passage
- Décollement du revêtement de sol (parquet flottant, vinyle)
Règle : 3 mm entre panneaux, 10 mm en périphérie, découpes généreuses autour des tuyaux. Ne jamais coller deux panneaux bout à bout.
Mauvaise isolation acoustique
Un plancher bois sans bande résiliente ni laine minérale transmet 90 % des bruits d’impact à l’étage inférieur. Ajouter l’isolation après pose du support nécessite dépose complète.
Ordre de pose correct :
- Bandes résilientes sur appuis
- Solives avec laine minérale entre elles
- OSB avec joints de dilatation
- Sous-couche acoustique (si requise)
- Revêtement final
Respecter cet ordre dès la construction évite reprises coûteuses et améliore confort acoustique de 15-20 dB.
Plancher bois : les vérifications indispensables avant pose
Un plancher bois fiable repose sur trois piliers : dimensionnement précis du solivage via abaques de solivage, respect des règles de pose OSB du DTU 51.3, et isolation acoustique efficace.
Vérifier systématiquement la portée des solives (distance entre appuis), l’entraxe adapté aux charges d’exploitation (150 kg/m² habitation, 250 kg/m² combles), et l’épaisseur OSB correspondante (18 mm pour entraxe 50 cm en OSB 3). Les charges permanentes (cloisons, mobilier fixe) s’ajoutent aux charges d’exploitation.
Poser l’OSB en quinconce avec joints de dilatation de 3 mm, fixer avec vis tous les 15 cm sur rives, 30 cm en partie courante. Les bandes résilientes sous solives et la laine minérale entre elles réduisent bruits d’impact de 15-20 dB.
Pour les portées > 4,5 m, charges > 250 kg/m², ou rénovation de plancher bois ancien, consulter un bureau d’études. La flèche excessive, le sous-dimensionnement et l’absence d’isolation acoustique génèrent pathologies coûteuses (fissures, craquements, nuisances sonores). Respecter ces vérifications garantit durabilité et confort sur plusieurs décennies.
