Parquet salle de bain : guide complet pour un choix éclairé

Poser du parquet dans une salle de bain est techniquement possible, mais exige des précautions drastiques et un choix rigoureux des matériaux. L’humidité permanente, les projections d’eau et la vapeur transforment cette pièce en environnement hostile pour le bois. Seules certaines essences, certains types de parquet et une pose spécifique limitent les risques de gonflement, gondolage ou pourriture. La réponse est donc : oui, à condition de respecter des règles strictes et d’accepter un entretien plus contraignant qu’ailleurs.
Checklist essentielle pour un parquet en salle de bain réussi
- Choisir le bon type : parquet massif en bois exotique ou contrecollé haute densité, éviter le stratifié classique
- Privilégier les essences adaptées : teck, ipé, merbau, wengé ou bambou densifié (classe de dureté élevée)
- Opter pour la pose collée en plein : abandon du parquet flottant qui laisse l’eau s’infiltrer sous les lames
- Installer des joints étanches : mastic polyuréthane souple entre les lames (parquet pont de bateau) et en périphérie
- Garantir une ventilation efficace : VMC hygro, aération quotidienne pour évacuer l’humidité résiduelle
- Identifier les zones à risque élevé : éviter le parquet autour de la douche, de la baignoire et devant les lavabos
- Prévoir un entretien régulier : séchage après chaque douche, rénovation de la finition tous les 2–3 ans
- Considérer l’alternative vinyle : lames PVC rigides effet bois, totalement étanches et faciles d’entretien
Parquet massif, contrecollé ou stratifié : quel type choisir ?
Le parquet massif en bois exotique constitue la solution la plus durable pour une salle de bain, à condition de sélectionner une essence naturellement imputrescible. Le teck, star des ponts de bateau, résiste parfaitement à l’eau grâce à sa forte teneur en huiles naturelles qui le rendent hydrophuge. L’ipé, bois sud-américain ultra-dense, offre une stabilité dimensionnelle exceptionnelle : il gonfle et se rétracte très peu même en milieu humide. Le merbau et le wengé possèdent également cette densité élevée qui limite l’absorption d’eau.
Épaisseur et stabilité : un parquet massif de 14 à 20 mm d’épaisseur apporte la masse nécessaire pour résister aux variations hygrométriques. Les lames larges (plus de 12 cm) bougent davantage que les lames étroites (7 à 10 cm), privilégiez donc des largeurs modérées pour limiter les déformations.
Le parquet contrecollé trois plis avec parement en bois exotique représente un compromis intéressant. La couche d’usure (3 à 4 mm minimum) doit être en teck ou ipé, tandis que les couches inférieures en bois résineux croisé stabilisent l’ensemble. Ce type de parquet subit moins de mouvements que le massif tout en conservant l’aspect noble du bois. Attention : certains contrecollés bas de gamme utilisent des colles sensibles à l’humidité, vérifiez que le fabricant certifie son produit pour pièces humides.
Le stratifié résistant à l’eau, souvent étiqueté “hydrofuge” ou “waterproof”, repose sur un panneau HDF haute densité traité contre l’humidité. Ces produits supportent des projections occasionnelles mais restent vulnérables aux flaques stagnantes. L’eau qui s’infiltre dans les joints fait gonfler le panneau de fibres, créant des bosses irréversibles. Le stratifié peut convenir dans une salle d’eau faiblement sollicitée (chambre parentale avec douche occasionnelle), jamais dans une salle de bain familiale utilisée quotidiennement.
Essences de bois et performances face à l’humidité
Les bois exotiques dominent le marché du parquet pour salle de bain grâce à leur densité supérieure à 800 kg/m³. Le teck, avec ses 650 kg/m³, fait exception mais compense par sa richesse en silice et en huiles naturelles qui repoussent l’eau comme un tissu imperméabilisé. L’ipé atteint 1 100 kg/m³, ce qui le rend presque aussi dur que certains bois fossilisés.
Essences déconseillées : tous les bois européens classiques (chêne, hêtre, frêne) absorbent trop d’eau et travaillent excessivement. Le chêne, très populaire dans les pièces sèches, gonfle de 8 à 12 % en largeur lorsqu’il passe de 10 % à 20 % d’humidité relative. Dans une salle de bain, cette variation survient plusieurs fois par jour, fatiguant le bois et ouvrant des fentes.
Le bambou densifié (ou bambou torréfié) se comporte comme un bois exotique dense. Il résiste bien à l’humidité à condition d’être collé et traité avec une finition huilée de qualité. Vérifiez que le bambou affiche une dureté Brinell supérieure à 4, signe d’une densification efficace.
Pose collée en plein et joints étanches : la technique du pont de bateau
La pose collée en plein constitue l’unique méthode acceptable pour un parquet en salle de bain. Elle supprime la lame d’air sous les lames où l’eau pourrait stagner et pourrir le support. La colle polyuréthane monocomposante, souple après polymérisation, absorbe les micro-mouvements du bois tout en bloquant l’humidité ascendante.
Préparation du support : le sol doit être parfaitement plan (écart inférieur à 2 mm sous la règle de 2 mètres), sec (taux d’humidité inférieur à 3 % pour une chape, 10 % pour un plancher bois) et propre. Appliquer un primaire d’accrochage puis une résine d’étanchéité liquide sur toute la surface, en remontant de 10 cm sur les murs. Cette membrane anti-humidité protège le parquet des remontées capillaires et des fuites accidentelles.
Le parquet pont de bateau se distingue par ses joints étanches en mastic polyuréthane souple. Contrairement au parquet traditionnel où les lames se touchent bord à bord, chaque lame est espacée de 2 à 4 mm. Ces interstices sont ensuite remplis d’un mastic PU noir (imitant le calfatage des bateaux) ou d’une teinte assortie au bois. Ce joint souple encaisse les dilatations du bois sans se fissurer et bloque l’eau en surface, l’empêchant de s’infiltrer dans les assemblages.
Technique de pose : encoller généreusement le support (300 à 400 g/m²), poser les lames en les espaçant avec des cales calibrées, maroufler chaque lame avec une cale de frappe pour chasser les bulles d’air. Après séchage complet de la colle (24 à 48 heures), retirer les cales et injecter le mastic PU à la cartouche en lissant immédiatement avec une spatule humide. Laisser polymériser 48 heures avant de mouiller le sol.
Joint de périphérie : un cordon de mastic acrylique ou silicone spécial sanitaire doit border tout le pourtour de la pièce, entre le parquet et les plinthes. Ce joint compressible absorbe les derniers mouvements du bois et empêche l’eau de s’infiltrer sous le parquet lors du nettoyage.
Respect du DTU et limites techniques du parquet collé
Le DTU 51.2 (norme technique unifiée pour les parquets collés) classe les locaux selon leur hygrométrie. Les salles de bain sont considérées comme locaux humides, en limite des préconisations standards. Le document technique ne valide la pose collée que dans des locaux dont l’humidité relative varie entre 45 % et 65 %. Or, une salle de bain atteint régulièrement 80 à 90 % d’humidité pendant et après une douche chaude.
Concrètement, cela signifie que votre parquet sort du cadre normatif strict. Les garanties décennales des poseurs professionnels excluent souvent les salles de bain, ou les acceptent uniquement avec des clauses restrictives (ventilation mécanique obligatoire, essence exotique imposée, entretien documenté). Renseignez-vous précisément auprès de l’artisan avant de signer le devis : certains refuseront purement et simplement, d’autres conditionneront leur intervention à un cahier des charges rigoureux.
Cette prudence normative ne rend pas le parquet en salle de bain impossible, mais elle rappelle que vous assumez un risque technique supérieur à une pose en salon ou chambre. Un parquet mal ventilé, mal entretenu ou posé dans une salle de bain sans fenêtre gondolera en quelques mois malgré toutes les précautions.
Finitions adaptées : huile ou vernis pour protéger le bois
La finition huilée reste la plus recommandée pour un parquet en salle de bain. L’huile pénètre dans les fibres du bois, le nourrit de l’intérieur et maintient sa capacité à respirer. Lorsque le bois absorbe un peu d’humidité, il peut ensuite l’évacuer par évaporation progressive, ce qui limite les gonflements brutaux. Les huiles dures à base de cire et résines naturelles (huile de lin modifiée, huile de tung) créent une protection hydrofuge en surface tout en laissant le bois vivant.
Entretien de l’huile : un parquet huilé en salle de bain nécessite une rénovation partielle tous les 2 à 3 ans. Poncer légèrement la surface au grain 120, dépoussiérer puis appliquer deux couches d’huile dure en respectant les temps de séchage (12 à 24 heures entre couches). Cette opération redonne à la finition ses propriétés hydrofuges et comble les micro-rayures qui accumulent l’eau.
Le vernis polyuréthane forme un film étanche et brillant qui protège efficacement le bois des projections. Cependant, dès qu’une rayure entame le film, l’eau s’infiltre sous le vernis et décolle la finition par plaques. Le vernis empêche aussi le bois de respirer, ce qui peut piéger l’humidité en cas de défaut d’étanchéité. Si vous optez pour le vernis, choisissez une version bi-composant ultra résistante (usage intensif ou commercial) et renouvelez-la tous les 5 ans en ponçant intégralement le parquet.
Ventilation et gestion de l’humidité : la clé de la longévité
Une VMC hygro réglable constitue l’équipement indispensable pour un parquet en salle de bain. Ce système de ventilation mécanique détecte l’élévation d’humidité pendant la douche et accélère automatiquement l’extraction d’air. L’objectif : ramener l’hygrométrie sous 70 % en moins de 20 minutes après la fin de la douche, limitant ainsi le temps d’exposition du bois à l’humidité.
Bonnes pratiques quotidiennes : ouvrir la fenêtre 10 minutes après chaque douche si la météo le permet, passer une serpillière microfibre sèche sur le parquet pour absorber les flaques, éviter de laisser des tapis de bain humides posés en permanence sur le bois (ils créent des zones de macération), laisser la porte entrouverte lorsque la salle de bain n’est pas utilisée pour favoriser la circulation d’air.
Zones à éviter : ne jamais poser de parquet directement devant la douche à l’italienne ou dans le receveur, même avec un bois exotique. L’eau ruisselle en permanence, le bois n’a jamais le temps de sécher et noircit en quelques semaines. Préférez du carrelage antidérapant ou de la mosaïque dans un rayon de 80 cm autour de la douche et de la baignoire. Le parquet commence au-delà de cette zone de projection directe.
Signes de dégradation et interventions nécessaires
Le gonflement se manifeste par des lames qui se soulèvent aux extrémités ou qui forment des vagues. Ce phénomène indique que le bois a absorbé trop d’eau trop rapidement. Si le gonflement reste léger (moins de 2 mm de dénivelé), améliorer la ventilation et laisser sécher plusieurs jours peut suffire : le bois se rétracte en perdant son humidité. Si le gonflement dépasse 5 mm, les lames ont probablement comprimé les joints et se sont déformées plastiquement : il faut déposer la zone endommagée et reposer de nouvelles lames.
Le gondolage, déformation en arche concave ou convexe, résulte d’une humidification asymétrique : la face supérieure du parquet sèche plus vite que la face inférieure collée au support. Ce déséquilibre crée des tensions internes qui courbent les lames. Un parquet gondolé ne retrouve jamais sa planéité initiale, même après séchage complet. La seule solution consiste à remplacer les lames affectées.
Pourriture et moisissures : des taches noires, une odeur de moisi ou un ramollissement du bois signalent une attaque fongique. Cela survient lorsque l’humidité dépasse 20 % en permanence pendant plusieurs semaines (fuite de canalisation non détectée, absence totale de ventilation). Intervenir immédiatement en identifiant et traitant la source d’humidité, puis déposer et remplacer toutes les parties atteintes pour éviter la propagation des spores.
Alternatives au parquet : lames vinyle et PVC effet bois
Les lames vinyle rigides (aussi appelées LVT ou PVC rigide) reproduisent l’aspect du bois avec un réalisme bluffant grâce à l’impression haute définition et au gaufrage synchronisé. Composées d’un cœur en polymère composite renforcé de fibre de verre ou de pierre, ces lames sont totalement imperméables : vous pouvez laisser de l’eau en surface plusieurs jours sans dommage.
Avantages du vinyle : résistance absolue à l’eau, pose flottante rapide avec système de clips (ou pose collée pour les versions pro), entretien minimal (serpillière humide), confort thermique supérieur au carrelage, prix attractif (20 à 60 euros le m² pose comprise). Les lames vinyle se posent sur tout support plan, y compris un ancien carrelage, sans gros travaux.
Limites : sensation moins noble sous le pied qu’un vrai parquet, impossibilité de poncer ou rénover (une rayure profonde reste visible), choix esthétique parfois moins subtil que les veines d’un bois massif. Le vinyle haut de gamme (épaisseur 5 à 6 mm, couche d’usure 0,55 mm) atténue ces défauts en offrant une texture réaliste et une meilleure absorption acoustique.
Tableau comparatif des solutions pour salle de bain
| Solution | Niveau de risque eau | Pose conseillée | Entretien |
|---|---|---|---|
| Parquet massif exotique | Moyen (essence adaptée) | Collée + joints PU | Huile tous les 2–3 ans + séchage quotidien |
| Parquet contrecollé exotique | Moyen-élevé (parement 3–4 mm min) | Collée en plein | Huile tous les 2–3 ans + VMC obligatoire |
| Stratifié hydrofuge | Élevé (HDF sensible aux flaques) | Flottante ou collée | Balai microfibre, séchage immédiat |
| Lames vinyle rigides | Nul (totalement étanche) | Flottante clipsée | Serpillière humide, aucun traitement |
Coût et durée de vie d’un parquet en salle de bain
Le prix d’un parquet en teck massif oscille entre 80 et 150 euros le m² hors pose, selon l’épaisseur et la provenance. L’ipé se situe dans la même gamme, voire au-dessus (jusqu’à 180 euros le m²) pour les qualités premium. Ajoutez 40 à 60 euros le m² de pose collée avec joints pont de bateau, ce qui porte l’investissement total entre 120 et 210 euros le m² pour un parquet haut de gamme posé par un professionnel.
Un parquet contrecollé en teck coûte 60 à 100 euros le m² hors pose, offrant une économie de 30 à 40 % par rapport au massif. Le stratifié hydrofuge démarre à 25 euros le m² hors pose, mais sa durée de vie en salle de bain dépasse rarement 5 à 7 ans avant que les joints ne gonflent.
Durée de vie réaliste : un parquet massif exotique bien posé et entretenu tient 20 à 30 ans en salle de bain, contre 40 à 50 ans dans une pièce sèche. Le contrecollé survit 15 à 20 ans dans les mêmes conditions. Ces chiffres supposent un entretien rigoureux : ventilation quotidienne, rénovation de la finition tous les 2–3 ans, réparation immédiate de toute infiltration.
Parquet salle de bain : points de contrôle avant de vous lancer
Avant d’installer du parquet dans votre salle de bain, validez ces critères décisifs. Votre salle de bain dispose-t-elle d’une ventilation mécanique performante ou d’une fenêtre ouvrable ? Sans extraction efficace de l’humidité, même le meilleur parquet exotique finira par souffrir. Pouvez-vous limiter la zone de parquet aux espaces éloignés de la douche et de la baignoire, en réservant le carrelage aux zones de projection directe ? Êtes-vous prêt à assumer un entretien régulier (séchage après douche, rénovation de la finition tous les 2–3 ans) nettement plus contraignant qu’un parquet en pièce sèche ?
Avez-vous obtenu un devis détaillé mentionnant explicitement la pose collée en plein, les joints étanches au mastic polyuréthane et la garantie du poseur sur les travaux en milieu humide ? Un professionnel sérieux n’hésitera pas à poser ces questions et à refuser le chantier si les conditions techniques ne sont pas réunies. Enfin, votre budget tolère-t-il un investissement 50 à 80 % supérieur à un parquet standard, avec un risque de remplacement partiel si une fuite survient malgré les précautions ?
Si ces cinq points sont validés, le parquet en salle de bain devient un choix réaliste qui apportera chaleur et cachet à votre intérieur. Dans le cas contraire, les lames vinyle effet bois offrent une alternative esthétique sans compromis sur la praticité.
