Interrupteur différentiel : guide complet de choix et installation selon NF C 15-100

Un interrupteur différentiel est un dispositif différentiel résiduel (DDR) qui protège les personnes contre les contacts indirects en détectant les courants de fuite et en coupant automatiquement l’alimentation. Contrairement au disjoncteur différentiel, il ne protège pas contre les surcharges ni les courts-circuits.
Caractéristiques clés d’un interrupteur différentiel :
- Sensibilité : 30 mA (personnes) ou 300 mA (incendie/matériel)
- Type : AC (résidentiel basique), A (électroménager/plaques), F (PAC/informatique)
- Calibre : 40A ou 63A selon puissance des circuits
- Capacité : maximum 8 disjoncteurs divisionnaires en aval
La NF C 15-100 impose leur présence obligatoire dans tout tableau électrique résidentiel pour garantir la sécurité des occupants.
Différence fondamentale entre interrupteur et disjoncteur différentiel
Interrupteur différentiel : protection des personnes uniquement
L’interrupteur différentiel détecte les défauts d’isolement dès qu’un courant de fuite dépasse son seuil de sensibilité (généralement 30 mA). Il compare en permanence le courant entrant (phase) et sortant (neutre). Une différence traduit une fuite vers la terre, souvent à travers le corps humain.
Fonctions de l’interrupteur différentiel :
- Détection de courant de défaut vers la terre
- Coupure en 20-30 millisecondes (protection électrocution)
- Absence de protection contre surcharge ou court-circuit
- Manœuvre manuelle possible (test mensuel recommandé)
Prix moyen : 25-60 € selon calibre et type.
Disjoncteur différentiel : protection combinée
Le disjoncteur différentiel cumule les fonctions de l’interrupteur différentiel ET du disjoncteur magnéto-thermique. Il protège simultanément :
- Contre les contacts indirects (fonction différentielle)
- Contre les surcharges prolongées (fonction thermique)
- Contre les courts-circuits (fonction magnétique)
Avantages : gain de place dans le tableau électrique, protection complète d’un circuit en un seul appareil. Inconvénient : coût 3 à 4 fois supérieur (80-200 €). Utilisation recommandée pour circuits isolés éloignés ou installations compactes où l’espace manque.
La configuration standard française privilégie interrupteurs différentiels en tête de rangée + disjoncteurs divisionnaires simples pour chaque circuit. Cette architecture facilite maintenance et remplacement.
Types d’interrupteurs différentiels : AC, A, F et B
Type AC : circuits d’éclairage et prises classiques
Le type AC détecte les courants de défaut alternatifs sinusoïdaux purs. Il constitue le type de base, adapté aux :
- Circuits d’éclairage (LED, halogène, fluo)
- Prises de courant standard 16A
- Chauffage électrique à résistance (convecteurs, radiateurs rayonnants)
- Chauffe-eau électrique classique
Limitation majeure : inefficace face aux courants de défaut continus (DC) ou redressés pulsés, présents dans électronique moderne. La NF C 15-100 interdit désormais son usage exclusif pour protéger certains équipements.
Type A : électroménager et cuisson
Le type A détecte courants alternatifs ET composantes continues jusqu’à 6 mA. Obligatoire pour :
- Plaques de cuisson électriques (induction/vitrocéramique)
- Lave-linge et lave-vaisselle (moteurs à variation de vitesse)
- Sèche-linge avec pompe à chaleur
- Four électrique encastrable
- Circuits spécialisés électroménager
Ces appareils génèrent des courants redressés (onduleurs, variateurs de fréquence) que le type AC ne détecte pas. Un type AC protégeant une plaque à induction peut ne jamais déclencher en cas de défaut.
Type F : PAC, informatique et domotique
Le type F (ou type A si – immunité renforcée aux déclenchements intempestifs) convient aux équipements électroniques sensibles :
- Pompes à chaleur (PAC) air/air et air/eau
- Informatique et serveurs domestiques
- Systèmes de recharge pour véhicules électriques
- Installations domotiques et alarmes
- Onduleurs photovoltaïques résidentiels
Ces dispositifs génèrent des harmoniques et courants HF (haute fréquence) pouvant provoquer déclenchements intempestifs avec types AC ou A standards. Le type F filtre ces perturbations tout en maintenant protection différentielle.
Type B : cas particuliers industriels
Le type B détecte tous types de courants (AC, DC lisse, pulsé) jusqu’à 1 kHz. Réservé aux :
- Bornes de recharge VE en triphasé > 20 kW
- Variateurs industriels de forte puissance
- Équipements médicaux avec courants de fuite DC
Rarement nécessaire en résidentiel. La NF C 15-100 n’impose le type B que pour recharge VE en triphasé. Les bornes monophasées standard acceptent un type F.
| Type | Circuits typiques | Pourquoi l’utiliser | Erreur fréquente |
|---|---|---|---|
| AC | Éclairage, prises standard, chauffage résistif | Économique pour circuits sans électronique | L’utiliser seul sur lave-linge ou plaques |
| A | Électroménager, plaques induction, lave-linge | Détecte courants DC jusqu’à 6 mA | Négliger son obligation NF C 15-100 |
| F | PAC, borne VE, informatique, domotique | Immunisé déclenchements intempestifs | Le confondre avec type A si |
| B | Recharge VE triphasé > 20 kW | Détecte DC lisse haute fréquence | L’acheter inutilement en résidentiel |
Sensibilité différentielle : 30 mA ou 300 mA selon protection
30 mA : protection obligatoire des personnes
La sensibilité 30 mA (milliampères) constitue le seuil maximal avant fibrilisation cardiaque. L’interrupteur différentiel 30 mA déclenche lorsque le courant de fuite atteint cette valeur, stoppant l’électrocution en 20-30 ms.
Applications 30 mA selon NF C 15-100 :
- Totalité des circuits terminaux en aval (prises, éclairages)
- Salles d’eau et locaux humides (salle de bains, buanderie)
- Circuits extérieurs et prises de jardin
- Circuits spécialisés électroménager et cuisson
Chaque installation résidentielle doit comporter au minimum 2 interrupteurs différentiels 30 mA de types différents (généralement un AC + un A minimum). Cette redondance limite l’impact d’un déclenchement : seule une partie de l’installation est coupée.
300 mA : protection incendie et matérielle
Les interrupteurs différentiels 300 mA (ou 500 mA) détectent des courants de fuite plus importants, symptômes de :
- Dégradation avancée d’isolement
- Échauffements anormaux pouvant déclencher incendie
- Défauts naissants dans matériel ancien
Usage en résidentiel :
- Protection complémentaire en tête d’installation (en amont du compteur jusqu’au tableau électrique)
- Circuits de chauffage collectifs en immeuble
- Alimentations secondaires (dépendances, garages détachés)
La sensibilité 300 mA n’assure PAS la protection contre l’électrocution directe. Elle ne remplace jamais un 30 mA sur circuits terminaux. Son rôle reste la prévention incendie et la détection précoce de dégradations.
Calibre et dimensionnement : 40A ou 63A selon aval
Règle de l’amont : calibre supérieur au disjoncteur principal
Le calibre d’un interrupteur différentiel (40A, 63A, 80A, 100A) indique le courant maximal qu’il peut laisser passer en permanence. La règle de l’amont impose que ce calibre soit supérieur ou égal au disjoncteur de branchement :
- Abonnement 6 kVA (30A ERDF) → interrupteur différentiel 40A minimum
- Abonnement 9 kVA (45A ERDF) → interrupteur différentiel 63A minimum
- Abonnement 12 kVA (60A ERDF) → interrupteur différentiel 63A ou 80A
Un calibre sous-dimensionné risque échauffement et coupure intempestive lors d’appels de puissance simultanés (four + plaques + lave-linge). Il ne protège plus correctement l’installation.
Règle de l’aval : maximum 8 circuits par différentiel
La règle de l’aval limite à 8 disjoncteurs maximum en aval d’un interrupteur différentiel 40A, quelle que soit leur valeur nominale. Cette contrainte vise à :
- Répartir les circuits pour limiter l’impact d’un déclenchement
- Éviter le surcharge d’un différentiel (somme des courants)
- Respecter équilibrage de phases en triphasé
Calcul pratique de répartition sur tableau électrique :
Interrupteur différentiel 1 (type AC, 40A) : éclairage séjour (10A) + éclairage chambres (10A) + prises séjour (16A) + prises chambres (16A) + prises cuisine (20A) + chauffage salon (20A) + chauffage chambres (20A) + VMC (2A) = 8 circuits.
Interrupteur différentiel 2 (type A, 40A) : lave-linge (20A) + lave-vaisselle (20A) + four (20A) + plaques cuisson (32A) + sèche-linge (20A) + congélateur (16A) = 6 circuits.
Respecter cette répartition garantit conformité NF C 15-100 et optimise disponibilité : si un différentiel déclenche (défaut ou test), l’autre maintient circuits essentiels actifs.
Cas des circuits spécialisés haute puissance
Certains circuits spécialisés concentrent puissance importante :
- Plaques induction : 32A (7,4 kW)
- Borne de recharge VE : 32A (7,4 kW monophasé)
- PAC air/eau : 16-25A selon modèle
- Climatisation multisplit : 20-32A
Solution 1 : interrupteur différentiel 63A protégeant ces circuits + quelques circuits d’éclairage légers. Ne jamais dépasser 8 départs ni 80 % du calibre en charge simultanée probable.
Solution 2 : disjoncteur différentiel dédié par circuit haute puissance. Plus coûteux, garantit isolation totale et supprime risque de déclenchement croisé.
Répartition et architecture d’un tableau électrique conforme
Configuration minimale résidentiel selon NF C 15-100
Logement T1-T3 (< 100 m²) :
- Minimum 2 interrupteurs différentiels 30 mA (1 type AC + 1 type A)
- Calibre 40A ou 63A selon abonnement
- Répartition circuits : 8 maximum par différentiel
- Disjoncteurs divisionnaires calibrés par circuit (10A éclairage, 16A prises, 20A spécialisés)
Logement T4-T5 (> 100 m²) :
- Minimum 3 interrupteurs différentiels 30 mA (1 AC + 2 A, ou 1 AC + 1 A + 1 F)
- Prévoir extension future (emplacements libres)
- Circuits extérieurs et piscine sur différentiel dédié
- Parafoudre obligatoire si alimentation aérienne en zone orageuse
Cette architecture modulaire facilite dépannage : identifier le circuit défaillant en testant chaque disjoncteur sous le différentiel ayant déclenché.
Circuits spécialisés : affectation par type de différentiel
La NF C 15-100 impose des circuits spécialisés dédiés pour gros électroménagers. Leur affectation suit la compatibilité avec types de différentiels :
Sous type A obligatoire :
- Lave-linge (20A)
- Lave-vaisselle (20A)
- Plaques de cuisson (32A)
- Four encastrable (20A)
- Sèche-linge (20A si pompe à chaleur)
Sous type F recommandé :
- Pompe à chaleur (PAC) chauffage/ECS (16-25A)
- Borne de recharge VE monophasé (16-32A)
- Climatisation réversible (16-20A)
- Congélateur (16A, éviter déclenchements intempestifs)
Sous type AC possible :
- Chauffe-eau électrique classique (20A)
- Chauffage électrique direct (radiateurs, convecteurs)
- Prises de courant standard et éclairage
Respecter cette affectation prévient déclenchements intempestifs et assure protection différentielle efficace face aux technologies modernes (électronique de puissance, variateurs).
Comprendre le courant de fuite et le défaut d’isolement
Origines des courants de fuite normaux
Tout appareil électrique génère un courant de fuite capacitif naturel, même en fonctionnement correct :
- Câbles secteur (condensateurs parasites entre conducteurs et terre)
- Filtres CEM (condensateurs Y reliant phases/neutre à la terre)
- Variateurs et onduleurs (découpage haute fréquence)
Valeurs typiques par appareil :
- Ordinateur/télévision : 0,5-2 mA
- Lave-linge/lave-vaisselle : 2-5 mA
- Plaque à induction : 3-8 mA
- PAC ou climatisation : 5-15 mA
Cumul sur 8 circuits : 20-50 mA possible. Un interrupteur différentiel 30 mA tolère ces fuites tant qu’elles restent stables. Problème si somme approche 25-28 mA : risque de déclenchements aléatoires lors de transitoires (mise sous tension, foudre lointaine).
Défaut d’isolement : anomalie dangereuse
Un défaut d’isolement traduit une détérioration anormale :
- Câble endommagé (rongeur, clou, écrasement)
- Humidité infiltrée dans boîtier électrique
- Composant défaillant dans appareil (condensateur fissuré, piste cuivre corrodée)
- Contact direct masse métallique/conducteur actif
Le courant de fuite passe alors de quelques mA à plusieurs dizaines, voire centaines de mA. L’interrupteur différentiel détecte cet écart et coupe en 20-30 ms, avant que courant traverse corps humain durablement.
Diagnostic d’un déclenchement différentiel répété :
- Débrancher tous appareils sous le différentiel concerné
- Réarmer l’interrupteur
- Rebrancher appareils un par un
- Celui provoquant déclenchement immédiat = défaillant
- Contrôler également état des prises et boîtes de dérivation (humidité, noircissement)
Si déclenchement persiste tous appareils débranchés : défaut sur installation fixe (câblage mural). Mesure d’isolement par professionnel requise (mégohmmètre 500V).
Sécurité : précautions lors de toute intervention électrique
⚠️ Avertissement sécurité
Toute intervention sur tableau électrique ou installation électrique nécessite :
- Coupure du disjoncteur général (pas seulement l’interrupteur différentiel concerné)
- Vérification absence de tension avec testeur bipolaire
- Utilisation d’outillage isolé 1000V (tournevis VDE, pinces)
- Respect strict de la NF C 15-100 (sections de câbles, couleurs, connexions)
Les manipulations décrites ici visent la compréhension du fonctionnement. L’installation, le remplacement ou la modification d’un interrupteur différentiel doivent être confiés à un électricien qualifié, seul habilité à certifier la conformité et garantir la sécurité.
Un dispositif différentiel résiduel (DDR) mal dimensionné (calibre, type, sensibilité) ou mal raccordé (phase/neutre inversés) ne protège plus. Les conséquences vont du déclenchement intempestif permanent à l’absence totale de protection contre l’électrocution.
En cas de doute sur l’état de votre installation, faites réaliser un diagnostic électrique par professionnel certifié. Ce contrôle identifie non-conformités, obsolescence et risques.
Interrupteur différentiel : l’essentiel à retenir pour une installation sûre
L’interrupteur différentiel protège exclusivement contre les courants de fuite (contacts indirects), contrairement au disjoncteur différentiel qui cumule protection surcharge/court-circuit. La sensibilité 30 mA reste obligatoire sur tous circuits terminaux pour prévenir l’électrocution.
Le choix du type dépend des circuits protégés : type AC (éclairage, prises standard, chauffage résistif), type A (électroménager, plaques, lave-linge), type F (pompes à chaleur, bornes de recharge VE, informatique). Respecter cette affectation garantit détection efficace des défauts d’isolement modernes.
Le calibre (40A/63A) suit la règle de l’amont (supérieur au disjoncteur de branchement) et la règle de l’aval (maximum 8 disjoncteurs par différentiel). Répartir intelligemment les circuits spécialisés limite l’impact des déclenchements et assure disponibilité continue.
La NF C 15-100 impose minimum 2 interrupteurs différentiels 30 mA de types différents, répartissant l’installation pour éviter coupure totale. Un tableau électrique conforme protège occupants et prévient incendies par détection précoce des dégradations d’isolement. Confiez toute intervention à un professionnel qualifié pour garantir sécurité et conformité réglementaire.
