Enduit à la chaux intérieur : guide complet d’application

Un enduit à la chaux intérieur est un revêtement minéral composé de chaux (aérienne ou hydraulique), de sable et d’eau, appliqué sur les murs intérieurs pour créer une finition esthétique, respirante et durable. Contrairement aux enduits synthétiques, il laisse le mur perspirant, régule naturellement l’humidité ambiante et s’adapte à tous les supports (pierre, brique, placo, mur peint) à condition de préparer correctement l’accroche.
Les 5 points essentiels à retenir :
- Chaux : CL90 pure pour un rendu souple et mat, NHL 2 ou NHL 3.5 pour plus de résistance ou en mélange
- Support : créer une accroche mécanique sur placo/mur peint avec gobetis, primaire d’accrochage ou marouflage
- Couches : gobetis (optionnel selon support) + corps d’enduit fin + finition 2–3 mm maximum
- Finition : taloché, lissé, nuagé, badigeon ou stuc selon l’effet recherché
- Sécurité : porter gants et lunettes (chaux alcaline), aérer la pièce pendant et après application
Chaux aérienne CL90 ou hydraulique NHL : quel liant choisir en intérieur
En intérieur, la chaux aérienne CL90 s’impose comme le choix de référence. Elle durcit exclusivement par carbonatation au contact du CO₂ de l’air, processus lent qui produit un enduit souple, mat et très respirant. La texture fine et la blancheur naturelle de la CL90 permettent d’obtenir des finitions raffinées (stuc, badigeon, lissé) sans ajout de pigment. Elle tolère les micro-mouvements du support et ne génère aucune tension, ce qui la rend compatible avec les cloisons légères (placo, fermacell).
La chaux hydraulique NHL 2 ou NHL 3.5 durcit plus rapidement grâce aux silicates qu’elle contient. Elle apporte une résistance mécanique supérieure et convient aux pièces humides (salle de bain, cuisine) ou aux supports exigeants. Son aspect légèrement plus granuleux et sa teinte grisâtre la réservent aux finitions rustiques ou aux mélanges avec de la chaux aérienne.
Formulations courantes :
- CL90 pure : finitions décoratives haut de gamme, stuc, badigeon, murs respirants en pierre ou terre
- CL90 + NHL 2 (50/50) : compromis souplesse/résistance, facilite la mise en œuvre, sèche plus vite
- NHL 2 pure : pièces humides, supports irréguliers nécessitant un rattrapage épais, accroche renforcée
Éviter la NHL 5 en intérieur : trop dure, elle fissure facilement et bride la respirabilité du mur.
Préparer le support : pierre, placo, mur peint, accroche indispensable
La réussite d’un enduit à la chaux intérieur dépend avant tout de la préparation du support. Un mur propre, stable et correctement traité garantit l’adhérence durable de l’enduit.
Mur en pierre ou brique ancienne
Brosser énergiquement pour retirer poussière, anciens enduits friables et efflorescences. Reboucher les fissures larges au mortier de chaux, purger les joints défectueux. Humidifier abondamment 24 heures avant application puis légèrement juste avant chaque couche : la pierre absorbe l’eau du mortier, l’humidification préalable ralentit ce phénomène et favorise la carbonatation. Un support sec provoque un décollement rapide.
Placo ou placoplâtre
Le placo standard (BA13) présente une surface lisse non poreuse qui n’offre aucune accroche mécanique à l’enduit. Trois solutions :
- Gobetis d’accroche : projeter un mortier de chaux hydraulique NHL 3.5 fortement dosé (1 volume chaux + 1 volume sable 0/4 mm) en couche mince (3–5 mm) sur le placo préalablement dépoussiéré. Laisser sécher 48 heures minimum avant d’appliquer le corps d’enduit.
- Primaire d’accrochage minéral : appliquer un produit spécifique (type Adhere-Fix ou équivalent) qui crée une rugosité superficielle. Suivre les recommandations du fabricant pour le temps de séchage.
- Marouflage avec toile de verre : coller une toile de verre fine (25–50 g/m²) avec une colle minérale compatible chaux, puis enduire directement dessus. Solution robuste pour les cloisons mobiles ou fragiles.
Ne jamais appliquer l’enduit à la chaux directement sur placo brut : le décollement interviendrait en quelques semaines, voire quelques jours.
Mur peint ou ancien enduit lisse
Poncer légèrement à la cale ou au papier de verre grain 80 pour casser le brillant et créer une rugosité. Lessiver avec une éponge humide pour retirer poussière de ponçage et résidus gras, laisser sécher 24 heures. Si la peinture cloque ou s’écaille, la retirer entièrement (décapeur thermique, spatule). Un ancien enduit plâtre lisse nécessite un gobetis ou un griffage mécanique (gratton, brosse métallique) avant application.
Cas particuliers : terre crue, béton cellulaire
La terre crue (bauge, pisé, torchis) s’associe parfaitement à la chaux aérienne CL90. Dépoussiérer, humidifier, appliquer directement sans gobetis. Le béton cellulaire (siporex) demande un gobetis NHL 2 légèrement dosé (1:2) pour compenser sa porosité importante et éviter l’absorption excessive d’eau.
Appliquer l’enduit à la chaux intérieur en couches fines
L’enduit à la chaux intérieur se pose traditionnellement en trois passes, mais l’épaisseur totale reste limitée (10–15 mm maximum) pour éviter les fissurations et respecter le caractère décoratif de la finition.
Gobetis d’accroche (optionnel selon support)
Sur pierre, brique ou support poreux stable, le gobetis n’est pas indispensable si le mur a été correctement préparé et humidifié. Sur placo, mur peint ou support lisse, il devient obligatoire.
Dosage : 1 volume de chaux NHL 3.5 + 1 volume de sable 0/4 mm + eau jusqu’à consistance de pâte épaisse collante. Projeter énergiquement à la truelle ou à la tyrolienne, sans lisser, pour créer une surface rugueuse. Épaisseur : 3–5 mm. Séchage : 48–72 heures minimum.
Corps d’enduit fin
Le corps d’enduit rattrape les légers défauts de planéité et prépare une base homogène pour la finition. En intérieur, cette couche reste fine (5–8 mm) contrairement aux enduits extérieurs.
Dosage : 1 volume de chaux (CL90 pure ou mélange CL90 + NHL 2) + 2,5 à 3 volumes de sable 0/2 mm + eau jusqu’à obtenir un mortier onctueux, ni trop sec ni trop liquide. Appliquer à la taloche en serrant bien contre le mur, régler à la règle de maçon pour obtenir une surface plane. Laisser sécher 7 à 10 jours avant la finition.
Enduit de finition 2–3 mm : taloché, lissé ou nuagé
La finition constitue la couche visible. Son épaisseur ultra-fine (2 à 3 mm maximum) évite les fissurations, accélère le séchage et valorise l’aspect minéral de la chaux.
Dosage : 1 volume de chaux CL90 + 3 à 4 volumes de sable très fin (granulométrie 0/0.3 ou 0/0.6 mm pour un effet lissé, 0/1 mm pour un grain léger) + eau jusqu’à consistance crémeuse. Pour un badigeon (finition ultra-fine < 1 mm), diluer davantage et appliquer au pinceau large ou à la brosse en plusieurs passes croisées.
Techniques de finition :
- Taloché : serrer l’enduit frais à la taloche inox en mouvements circulaires ou croisés, sans appuyer excessivement. Repasser 15–30 minutes après pour fermer la surface et obtenir un aspect légèrement satiné.
- Lissé : talocher serré puis lisser à la lisseuse inox en passes longues et régulières. Humidifier légèrement la lisseuse pour faciliter le glissement. Aspect tendu, presque brillant après carbonatation.
- Nuagé : talocher en mouvements irréguliers, sans chercher l’uniformité. Laisser des variations de texture et d’épaisseur pour créer un effet de profondeur, particulièrement mis en valeur par la lumière rasante.
- Badigeon : appliquer la chaux très diluée (1 volume chaux + 1 volume eau) au pinceau en 2 à 4 couches successives espacées de 12–24 heures. Effet velouté, mat profond, idéal sur enduit existant ou mur en pierre.
- Stuc : technique avancée consistant à appliquer plusieurs couches ultra-fines de chaux CL90 pure additionnée de poudre de marbre, en comprimant chaque couche à la taloche jusqu’à obtenir un aspect marbré brillant. Réservé aux finitions décoratives haut de gamme.
Protéger l’enduit frais des courants d’air et du chauffage direct pendant 48 heures. Aérer modérément la pièce pour favoriser la carbonatation sans dessécher trop vite la surface.
Erreurs fréquentes et comment les éviter
Certaines erreurs compromettent l’adhérence, l’esthétique ou la durabilité de l’enduit à la chaux intérieur.
Support lisse sans accroche : appliquer l’enduit directement sur placo, mur peint ou enduit plâtre lisse sans créer de rugosité provoque un décollement quasi systématique. Toujours prévoir gobetis, ponçage ou primaire d’accrochage selon le support.
Excès d’eau dans le mortier : un dosage trop liquide entraîne un retrait important au séchage, avec apparition de fissures en réseau. Le mortier doit tenir à la truelle sans couler, ni être trop sec (difficile à talocher).
Couche trop épaisse en une passe : dépasser 8–10 mm en une seule application crée des tensions internes qui fissurent l’enduit. En intérieur, privilégier plusieurs couches fines plutôt qu’une couche épaisse.
Application sans humidifier le support : sur pierre ou brique, un mur sec absorbe instantanément l’eau du mortier, empêche la carbonatation et provoque le décollement. Humidifier abondamment 24 heures avant, puis légèrement juste avant chaque couche.
Séchage forcé au chauffage : diriger un radiateur ou un déshumidificateur sur l’enduit frais accélère artificiellement le séchage en surface, bloque la carbonatation en profondeur et génère des fissurations. Laisser sécher naturellement à température ambiante (15–20 °C), aérer modérément.
Finition trop serrée : comprimer excessivement la couche de finition à la taloche ferme les pores, réduit la respirabilité du mur et emprisonne l’humidité des couches inférieures. Talocher avec une pression modérée, en recherchant l’aspect souhaité sans écraser le mortier.
Granulométrie de sable inadaptée : un sable trop grossier (> 0/1 mm) en finition donne un aspect rugueux difficile à lisser. Un sable trop fin (< 0/0.3 mm) fragilise l’enduit. Adapter la granulométrie à chaque couche : 0/4 mm au gobetis, 0/2 mm au corps, 0/0.3 à 0/1 mm en finition.
Sécurité : protections et aération obligatoires
La chaux vive ou éteinte présente un pH fortement alcalin (>12) qui irrite la peau, les yeux et les voies respiratoires. Porter systématiquement des gants de protection (latex, nitrile ou cuir) et des lunettes de sécurité lors de la manipulation de la chaux en poudre et de l’application du mortier. En cas de projection dans les yeux, rincer abondamment à l’eau claire pendant 15 minutes et consulter un médecin.
Aérer la pièce pendant l’application et les 48 premières heures de séchage pour évacuer l’humidité et favoriser la carbonatation. Un enduit à la chaux bien ventilé sèche plus uniformément et développe une résistance optimale. Ne pas confiner l’espace avec des bâches hermétiques.
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| Support | Accroche | Type de chaux | Finition conseillée |
|---|---|---|---|
| Pierre / brique ancienne | Humidification seule (support poreux) | CL90 pure ou CL90 + NHL 2 | Taloché, nuagé, badigeon |
| Placo / placoplâtre | Gobetis NHL 3.5 ou primaire d’accrochage | CL90 pure ou mélange 50/50 | Lissé, taloché fin |
| Mur peint / enduit lisse | Ponçage + lessivage ou gobetis léger | CL90 + NHL 2 (50/50) | Taloché, lissé |
| Terre crue (pisé, torchis) | Humidification seule | CL90 pure | Taloché, badigeon naturel |
Enduit à la chaux intérieur : les règles d’or à retenir
Réussir un enduit à la chaux intérieur repose sur quatre principes fondamentaux.
Adapter la chaux au projet : chaux aérienne CL90 pure pour les finitions décoratives, stuc, badigeon et murs respirants en pierre. Mélange CL90 + NHL 2 pour les pièces humides, les supports exigeants (placo) ou pour faciliter la mise en œuvre. Jamais de NHL 5 en intérieur.
Créer une accroche mécanique : aucun enduit à la chaux n’adhère durablement sur une surface lisse. Sur placo ou mur peint, appliquer un gobetis, poncer ou poser un primaire d’accrochage. Sur pierre ou brique, humidifier abondamment pour ralentir l’absorption d’eau et favoriser la carbonatation.
Respecter les épaisseurs fines : gobetis 3–5 mm, corps d’enduit 5–8 mm, finition 2–3 mm maximum. En intérieur, l’enduit à la chaux vise l’esthétique et la respirabilité, pas le rattrapage de planéité important. Plusieurs couches fines valent toujours mieux qu’une couche épaisse qui fissurera.
Choisir la granulométrie selon la couche : sable 0/4 mm au gobetis pour l’accroche, 0/2 mm au corps d’enduit pour la texture intermédiaire, 0/0.3 à 0/1 mm en finition pour un aspect lissé ou taloché fin. Un sable lavé, exempt d’argile, garantit une carbonatation homogène et évite les efflorescences.
Un enduit à la chaux intérieur correctement appliqué traverse les décennies sans altération, régule naturellement l’hygrométrie de la pièce et offre un rendu minéral authentique impossible à reproduire avec des enduits synthétiques. La patience, la préparation soignée du support et le respect des dosages garantissent un résultat durable et esthétiquement abouti.
