Enduit à la chaux : guide complet pour réussir la pose

Un enduit à la chaux est un revêtement minéral composé de chaux (aérienne ou hydraulique), de sable et d’eau, appliqué en trois couches successives sur un mur en pierre ou un bâti ancien. Il protège la maçonnerie, régule l’humidité grâce à sa perméabilité à la vapeur d’eau, et respecte le caractère respirant des supports traditionnels.
Ce que couvre cet article :
- Choisir entre chaux aérienne (CL90) et chaux hydraulique (NHL 2, 3.5, 5) selon le support et l’exposition
- Comprendre le rôle du gobetis, du corps d’enduit et de l’enduit de finition
- Appliquer les bons dosages en volume (seaux), granulométries de sable (0/4, 0/2, 0/0.6) et épaisseurs
- Éviter les erreurs fréquentes : dosage dégressif, humidification du support, conditions météo
- Garantir la carbonatation et la durabilité de l’enduit
Chaux aérienne CL90 ou chaux hydraulique NHL : quelle différence et comment choisir
La chaux aérienne (CL90) durcit exclusivement au contact du CO₂ de l’air par un processus appelé carbonatation. Ce mécanisme lent (plusieurs mois) produit un enduit souple, très respirant, idéal pour les murs en pierre anciens ou les supports irréguliers. La chaux aérienne tolère les mouvements du bâti et ne génère pas de tensions. Elle convient aux intérieurs et aux façades abritées, mais demande une protection contre la pluie battante et le gel pendant la prise.
La chaux hydraulique (NHL) contient des silicates qui lui permettent de durcir aussi au contact de l’eau, en plus de la carbonatation aérienne. Elle offre une prise plus rapide (quelques jours à quelques semaines) et une résistance mécanique supérieure. On distingue trois types selon l’indice de dureté :
- NHL 2 : faiblement hydraulique, souple, proche de la chaux aérienne, pour murs peu exposés et bâti ancien fragile
- NHL 3.5 : hydraulique moyenne, polyvalente, usage courant en façade et intérieur
- NHL 5 : fortement hydraulique, dure rapidement, réservée aux soubassements, murs humides ou très exposés
Critères de choix :
Utiliser la chaux aérienne CL90 sur un mur en pierre intérieur, une cloison en terre ou tout support nécessitant une grande souplesse et une perméabilité maximale. Privilégier la NHL 2 ou 3.5 pour une façade extérieure standard, exposée aux intempéries modérées. Opter pour la NHL 5 en soubassement, en zone littorale ou sur maçonnerie très humide.
Mélanger chaux aérienne et chaux hydraulique permet d’ajuster les propriétés : par exemple, 50 % CL90 + 50 % NHL 2 combine souplesse et prise légèrement accélérée. Ce type de formulation s’adapte aux contextes intermédiaires (façade semi-abritée, rénovation délicate).
Les trois couches de l’enduit traditionnel : gobetis, corps d’enduit, finition
L’enduit à la chaux se pose en trois passes successives, chacune ayant un rôle technique précis. Respecter cette stratification garantit l’adhérence, la planéité et la durabilité.
Gobetis : la couche d’accrochage
Le gobetis (ou couche d’accroche) constitue la première passe. On le projette énergiquement à la truelle ou à la tyrolienne sur le support préalablement humidifié. Sa texture rugueuse et grenue crée un pont d’adhérence entre la maçonnerie et les couches suivantes.
Composition : chaux hydraulique NHL 3.5 ou NHL 5 (pour une prise rapide), sable grossier (granulométrie 0/4 ou 0/5 mm), dosage riche en chaux (1 volume de chaux pour 1 à 1,5 volume de sable).
Épaisseur : 5 à 8 mm, application en jet, sans lisser. Laisser sécher 48 à 72 heures avant la couche suivante, en protégeant du soleil direct et du vent.
Rôle : assurer l’accroche mécanique, compenser les irrégularités du support, éviter le décollement des couches épaisses.
Corps d’enduit ou dégrossi : la couche de masse
Le corps d’enduit (ou dégrossi) constitue la couche épaisse qui rattrape les défauts de planéité et porte l’essentiel de l’épaisseur totale. On l’applique à la truelle, en serrant bien le mortier contre le mur, puis on le règle à la règle de maçon pour obtenir une surface plane.
Composition : chaux hydraulique NHL 2 ou NHL 3.5 (selon exposition), sable moyen (granulométrie 0/2 ou 0/3 mm), dosage intermédiaire (1 volume de chaux pour 2,5 à 3 volumes de sable).
Épaisseur : 10 à 15 mm, parfois jusqu’à 20 mm si le support est très irrégulier. Si l’épaisseur dépasse 15 mm, appliquer en deux passes espacées de 24 heures pour éviter les fissurations dues au retrait.
Rôle : redresser le mur, absorber une partie de l’humidité du support, préparer une base plane et stable pour la finition.
Enduit de finition : la couche de parement
L’enduit de finition apporte l’aspect final (taloché, gratté, lissé, brossé) et protège les couches inférieures. On l’applique en couche mince, en veillant à ne pas emprisonner l’humidité des passes précédentes.
Composition : chaux aérienne CL90 pure ou mélange CL90 + NHL 2 pour un compromis esthétique/solidité, sable fin (granulométrie 0/1 ou 0/0.6 mm pour un aspect lisse, 0/2 mm pour un grain légèrement structuré), dosage pauvre en chaux (1 volume de chaux pour 3 à 4 volumes de sable).
Épaisseur : 3 à 5 mm, jamais plus de 8 mm pour éviter le faïençage. Application à la taloche, finition selon l’effet souhaité (talochée serrée pour un rendu lisse, talochée circulaire pour un aspect légèrement rustique, brossée pour révéler le grain du sable).
Rôle : assurer l’étanchéité de surface tout en restant perméable à la vapeur d’eau, fixer la teinte définitive (naturelle ou avec ajout de pigments minéraux), protéger les couches sous-jacentes de l’érosion.
Dosages en volume et granulométries : repères concrets par couche
Le dosage en volume (exprimé en seaux de maçon de 10 litres) simplifie la préparation sur chantier et évite les erreurs de pesée. Respecter un dosage dégressif d’une couche à l’autre (moins de chaux, plus de sable au fur et à mesure) prévient les fissurations dues aux retraits différentiels.
Gobetis :
- 1 volume de chaux NHL 3.5 ou NHL 5
- 1 à 1,5 volume de sable 0/4 mm
- Eau : ajuster jusqu’à consistance de pâte épaisse qui colle à la truelle
- Épaisseur finale : 5–8 mm
Corps d’enduit :
- 1 volume de chaux NHL 2 ou NHL 3.5
- 2,5 à 3 volumes de sable 0/2 mm (ou 0/3 mm)
- Eau : mortier onctueux, ni trop liquide ni trop sec
- Épaisseur finale : 10–15 mm (20 mm max en deux passes)
Enduit de finition :
- 1 volume de chaux CL90 (ou mélange CL90 + NHL 2 à parts égales)
- 3 à 4 volumes de sable 0/1 ou 0/0.6 mm
- Eau : consistance crémeuse, facile à talocher
- Épaisseur finale : 3–5 mm
La granulométrie du sable influence directement l’aspect et la résistance. Un sable trop fin (< 0/1 mm) fragilise l’enduit et favorise le faïençage. Un sable trop grossier (> 0/4 mm) en finition donne un rendu rugueux difficile à talocher. Privilégier un sable de rivière lavé, exempt d’argile et de matières organiques, pour garantir la carbonatation et éviter les taches.
Conditions de mise en œuvre : support, humidification, météo, protection
La réussite d’un enduit à la chaux dépend autant de la préparation du support et des conditions climatiques que de la qualité du mortier.
Préparer le support
Le support doit être propre, dépoussiéré, exempt de sels solubles (efflorescences) et de résidus organiques. Reboucher les fissures larges avec un mortier de réparation compatible, purger les joints dégradés sur un mur en pierre. Un support friable ou pulvérulent nécessite un badigeon préalable à l’eau de chaux pour consolider la surface.
Humidifier le support
Humidifier abondamment le mur 24 heures avant application, puis légèrement juste avant chaque couche. Un support sec absorbe trop vite l’eau du mortier, empêche la carbonatation correcte et provoque un décollement. L’humidification s’effectue au pulvérisateur ou à l’arrosoir, par passes successives jusqu’à saturation sans ruissellement.
Choisir la bonne période
Appliquer l’enduit à la chaux entre 5 et 25 °C, idéalement au printemps ou à l’automne. Éviter les périodes de gel (l’eau contenue dans le mortier frais gèle et détruit la structure), de forte chaleur (séchage trop rapide, fissuration) ou de pluie (lessivage de la chaux avant carbonatation). Le vent accéléré le séchage et doit être contrecarré par des protections (bâches, filets).
Protéger pendant la prise
Protéger l’enduit frais du soleil direct avec un filet d’ombrage ou une bâche perméable fixée à distance du mur. Humidifier légèrement la surface tous les jours pendant 4 à 7 jours (technique du “mouillage”) pour ralentir le séchage et favoriser la carbonatation. Ne jamais appliquer d’enduit en plein soleil ou sur une façade déjà chaude : attendre la fin d’après-midi ou travailler à l’ombre.
Erreurs fréquentes à éviter pour un enduit durable
Certaines erreurs compromettent l’adhérence, la résistance mécanique et la perméabilité à la vapeur d’eau de l’enduit à la chaux.
Dosage trop riche en chaux : un excès de liant provoque un retrait important au séchage, avec apparition de fissures en réseau. Respecter le dosage dégressif (plus de sable, moins de chaux à chaque couche).
Application trop rapide des couches : poser le corps d’enduit sur un gobetis insuffisamment sec (< 48 heures) emprisonne l’humidité et ralentit la carbonatation. Respecter les délais entre passes : 2–3 jours pour le gobetis, 7–10 jours pour le corps d’enduit, 15 jours minimum avant la finition.
Épaisseur excessive en une passe : une couche de plus de 15 mm appliquée en une fois sèche en surface avant le cœur, créant des tensions et des fissurations. Diviser en deux passes si besoin.
Support non humidifié : l’absorption rapide de l’eau par un mur sec prive le mortier de l’eau nécessaire à la prise hydraulique et à la carbonatation. Toujours préhumidifier abondamment.
Finition trop étanche : un enduit de finition surdosé en chaux ou trop serré à la taloche bloque la migration de vapeur d’eau, piège l’humidité des couches inférieures et provoque des décollements. Garder un dosage pauvre (1 pour 3 ou 4) et ne pas lisser excessivement.
Mauvaise granulométrie de sable : un sable argileux, mal lavé ou de granulométrie inadaptée compromet l’adhérence et la carbonatation. Vérifier la provenance et la propreté du sable, tamiser si nécessaire.
Absence de protection après pose : laisser l’enduit frais exposé au soleil, au vent ou à la pluie dans les 48 premières heures compromet la prise. Installer des protections et humidifier régulièrement.
Perméabilité à la vapeur d’eau et carbonatation : les atouts de la chaux
L’enduit à la chaux se distingue des enduits ciment ou synthétiques par sa perméabilité à la vapeur d’eau. Cette propriété permet au mur en pierre ou au bâti ancien de “respirer” : l’humidité contenue dans la maçonnerie (remontées capillaires, pluie absorbée) peut s’évacuer progressivement vers l’extérieur sans s’accumuler derrière l’enduit. Un mur respirant reste sain, sèche plus vite après une averse et limite les problèmes de moisissures ou de salpêtre.
La carbonatation constitue le mécanisme de durcissement de la chaux aérienne : la chaux vive Ca(OH)₂ réagit avec le CO₂ atmosphérique pour reformer du carbonate de calcium CaCO₃, minéral stable et dur identique à la pierre calcaire d’origine. Ce processus lent (plusieurs mois à plusieurs années) confère à l’enduit sa solidité définitive et sa durabilité séculaire. Ralentir le séchage initial par humidification favorise une carbonatation homogène et profonde.
Les enduits à la chaux hydraulique combinent prise hydraulique rapide (silicates) et carbonatation aérienne progressive, offrant un compromis entre rapidité de mise en œuvre et qualité patrimoniale.
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| Couche | Rôle | Sable / Granulométrie | Dosage / Épaisseur |
|---|---|---|---|
| Gobetis | Accrochage mécanique, pont d’adhérence | Sable grossier 0/4 ou 0/5 mm | 1 vol. chaux NHL 3.5/5 + 1 à 1,5 vol. sable / 5–8 mm |
| Corps d’enduit | Rattrapage planéité, masse principale | Sable moyen 0/2 ou 0/3 mm | 1 vol. chaux NHL 2/3.5 + 2,5 à 3 vol. sable / 10–15 mm |
| Finition | Aspect final, protection de surface | Sable fin 0/1 ou 0/0.6 mm | 1 vol. chaux CL90 (ou CL90+NHL2) + 3 à 4 vol. sable / 3–5 mm |
Enduit à la chaux : les règles d’or à retenir
Réussir un enduit à la chaux repose sur cinq principes intangibles.
Adapter le type de chaux au contexte : chaux aérienne CL90 pour les supports anciens fragiles et les intérieurs, chaux hydraulique NHL 2 ou 3.5 pour les façades courantes, NHL 5 pour les zones très exposées ou humides. Mélanger les deux types permet d’affiner les propriétés.
Respecter le dosage dégressif : chaque couche contient proportionnellement moins de chaux et plus de sable que la précédente. Cette règle prévient les retraits différentiels et les fissurations. Gobetis riche (1:1 à 1:1,5), corps d’enduit intermédiaire (1:2,5 à 1:3), finition pauvre (1:3 à 1:4).
Choisir la bonne granulométrie : sable grossier (0/4 mm) au gobetis, moyen (0/2 mm) au corps, fin (0/1 ou 0/0.6 mm) en finition. Un sable lavé, exempt d’argile, garantit la carbonatation et évite les efflorescences.
Humidifier le support à chaque étape : préhumidification 24 heures avant, humidification légère juste avant application, mouillage quotidien pendant 4 à 7 jours après pose. L’eau assure la prise hydraulique et la carbonatation, sans elle l’enduit reste friable.
Protéger et respecter les délais : 2–3 jours entre gobetis et corps d’enduit, 7–10 jours avant la finition, protection contre soleil, vent et pluie pendant toute la phase de prise. La patience garantit un enduit durable, perméable à la vapeur d’eau, et esthétiquement abouti.
Un enduit à la chaux bien dosé, appliqué en trois couches sur un support correctement préparé, traverse les décennies sans altération majeure. Il protège le bâti ancien tout en respectant son fonctionnement hygrométrique naturel, et offre un rendu minéral sobre qui s’intègre harmonieusement aux architectures traditionnelles.
