Placo hydrofuge : guide complet pour pièces humides

Le placo hydrofuge, également appelé BA13 hydrofuge ou plaque de plâtre hydrofuge H1, est une plaque de plâtre cartonnée dont le cœur et les parements sont traités pour résister à l’humidité ambiante. Reconnaissable à sa couleur verte, il remplace le BA13 standard dans les pièces humides (salle de bain, cuisine, WC) où le taux d’humidité dépasse régulièrement 65 %. Le traitement hydrofuge ralentit la pénétration de l’eau dans le plâtre et limite les déformations, mais n’assure pas l’étanchéité : en zone de projection directe (douche, baignoire), une protection complémentaire (SPEC) reste obligatoire sous le carrelage.
Quoi choisir et quoi faire en 7 points :
- Où utiliser : obligatoire en EB et EB+ (SDB, douche, cuisine), recommandé en EA (WC, buanderie)
- Quelle référence : plaque H1 (vert) épaisseur 13 mm, certifiée DTU 25.41
- Joints : mortier et bande hydrofuges, jamais de MAP standard
- Fixations : vis anticorrosion (inox ou bichromatées) tous les 30 cm
- Bas de cloison : laisser 1 cm de vide, combler avec mastic hydrofuge
- Zone douche/baignoire : SPEC obligatoire sous carrelage (membrane d’étanchéité liquide ou en bande)
- Ventilation : VMC fonctionnelle indispensable, hydrofuge ne compense pas un défaut d’aération
Placo hydrofuge H1 : différences avec le BA13 standard
Le BA13 standard (plaques blanches ou grises) contient du plâtre non traité qui absorbe rapidement l’humidité. Exposé à un taux d’hygrométrie élevé, il gonfle, se ramollit, favorise les moisissures et finit par se dégrader. Sa résistance à l’humidité se limite aux locaux secs (chambres, séjour, couloir) où le taux d’humidité reste inférieur à 65 %.
Le placo hydrofuge H1 intègre des additifs hydrophobes dans la masse du plâtre et un traitement de surface des cartons. Cette protection repousse l’eau liquide et ralentit considérablement l’absorption de vapeur d’eau. La plaque conserve sa rigidité et sa planéité même en atmosphère humide. Le DTU 25.41 impose son usage dans les locaux classés EB (exposition normale à l’humidité) et EB+ (exposition élevée), et le recommande en EA (exposition faible à modérée).
Caractéristiques visuelles : parement vert, épaisseur standard 13 mm (d’où l’appellation BA13 hydrofuge), bords amincis pour faciliter les joints. Certains fabricants proposent des plaques hydrofuges renforcées (épaisseur 15 ou 18 mm) pour les cloisons séparatives ou les supports de charges lourdes.
Limites importantes : hydrofuge ne signifie pas étanche. La plaque résiste à l’humidité ambiante mais ne bloque pas l’eau ruisselante ou les projections directes. En zone de douche, baignoire ou plan vasque, le DTU 25.41 exige une protection complémentaire par système d’étanchéité sous carrelage (SPEC).
Classement des locaux : EA, EB, EB+ privatif et collectif
Le DTU 25.41 classifie les locaux selon leur niveau d’exposition à l’humidité. Ce classement détermine le type de plaque à utiliser et les protections complémentaires obligatoires.
EA – Exposition faible à modérée :
Locaux où l’humidité reste occasionnelle et limitée. WC sans douche, cellier, buanderie domestique sans condensation intense. Le BA13 standard reste autorisé mais le placo hydrofuge H1 est recommandé pour prolonger la durabilité et éviter les auréoles. Joints standard MAP admis, ventilation naturelle suffisante.
EB privatif – Exposition normale en logement individuel :
Salle de bain, salle d’eau, cuisine de logement privatif. Taux d’humidité régulièrement supérieur à 65 %, vapeur d’eau fréquente mais sans condensation extrême. Placo hydrofuge H1 obligatoire, joints et bandes hydrofuges, VMC simple flux minimum. En zone hors projection directe (murs opposés à la douche, plafond éloigné), le H1 suffit. En zone de projection (paroi de douche, tour de baignoire, fond de douche italienne), SPEC obligatoire sous carrelage.
EB+ privatif – Exposition élevée en logement individuel :
Douche à l’italienne, hammam domestique, piscine intérieure privée. Humidité permanente, condensation intense, ruissellement fréquent. Placo hydrofuge H1 + SPEC systématique sur toutes les parois exposées, joints hydrofuges, VMC double flux ou extraction mécanique renforcée, ventilation basse et haute pour éviter la stagnation de vapeur.
EB et EB+ collectif :
Salles de bain collectives (hôtel, résidence étudiante, EHPAD), cuisines professionnelles, vestiaires de piscine. Sollicitation plus intense qu’en privatif, exigences renforcées : placo hydrofuge H1 minimum, souvent plaques renforcées (15 mm), SPEC généralisée, joints et fixations anticorrosion, ventilation mécanique permanente. Le DTU impose également des contrôles d’étanchéité avant pose du carrelage.
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| Pièce / Zone | Exigence (EA/EB/EB+) | Solution placo | Complément obligatoire |
|---|---|---|---|
| WC (sans douche) | EA | BA13 standard admis, H1 recommandé | Joints MAP ou hydrofuges, ventilation naturelle |
| Cuisine logement | EB privatif | H1 obligatoire | Joints + bande hydrofuges, VMC, vis anticorrosion |
| SDB hors projection | EB privatif | H1 obligatoire | Joints + bande hydrofuges, VMC, mastic bas de cloison |
| Paroi douche/baignoire | EB privatif | H1 obligatoire | SPEC sous carrelage + joints hydrofuges + VMC |
Poser le placo hydrofuge : règles de mise en œuvre selon DTU 25.41
La pose du placo hydrofuge respecte les mêmes principes que le BA13 standard, avec des exigences supplémentaires sur les joints, les fixations et les points singuliers.
Ossature et fixations
Monter l’ossature métallique (rails et montants) en respectant un entraxe de 60 cm maximum entre montants. Utiliser des vis spéciales placo anticorrosion (inox A2 ou bichromatées) de longueur adaptée (25 mm pour plaque simple, 35 mm pour double peau). Espacer les vis de 30 cm maximum sur les bords de plaque et 40 cm en partie courante. Visser à 1 cm minimum du bord pour éviter d’éclater le plâtre.
Les vis standard en acier non traité rouillent rapidement en atmosphère humide, créent des auréoles brunes visibles sous la peinture et fragilisent la fixation. Toujours vérifier la certification anticorrosion des vis avant achat.
Bas de cloison et étanchéité
Couper les plaques à 1 cm du sol fini pour éviter les remontées d’eau par capillarité. Combler ce vide avec un cordon de mastic acrylique ou silicone hydrofuge après pose. Ne jamais poser la plaque en contact direct avec une chape humide ou un carrelage de sol : l’humidité ascensionnelle dégrade le plâtre même hydrofuge.
En EB et EB+, coller une bande d’étanchéité périphérique (bande SPEC ou bande autocollante bitumineuse) entre le rail bas et la dalle, puis remonter cette bande sur 10 cm minimum contre le montant. Cette précaution bloque les infiltrations latérales en cas de fuite ou débordement.
Joints hydrofuges et bande
Utiliser exclusivement un enduit à joint hydrofuge (type Pregydro, Hydrojoint ou équivalent certifié). Le MAP (mortier adhésif plâtre) standard absorbe l’eau et se dégrade en milieu humide. Enduire le joint en trois passes : première passe avec bande à joint hydrofuge (papier ou fibre de verre) noyée dans l’enduit, deuxième passe de rattrapage 24 heures après, troisième passe de finition pour obtenir une surface plane.
Les bandes hydrofuges se distinguent des bandes standard par leur traitement anti-moisissure et leur résistance à l’humidité. Ne jamais substituer une bande papier classique : elle se ramollit et décolle en quelques mois.
Découpes et perçages
Découper le placo hydrofuge à la scie égoïne, à la scie sauteuse ou au cutter renforcé. Protéger les chants coupés (non cartonnés) avec un enduit hydrofuge ou une bande périphérique si la découpe se situe en zone exposée. Les perçages pour tuyauteries ou gaines électriques doivent être comblés au mastic hydrofuge, jamais au plâtre standard.
SPEC sous carrelage : protection obligatoire en zone de projection
Le système d’étanchéité sous carrelage (SPEC) constitue la vraie barrière contre l’eau en zone de douche, baignoire ou receveur. Il se compose d’une membrane liquide (résine polyuréthane, acrylique ou époxy) ou d’un complexe en bande (rouleau armé de fibre de verre) appliqué sur le placo hydrofuge avant la pose du carrelage.
Application de la membrane liquide :
Appliquer une première couche au rouleau ou au pinceau sur le placo hydrofuge préalablement enduit et poncé. Maroufler une bande d’armature en fibre de verre dans la membrane fraîche au niveau des angles, jonctions et traversées de tuyaux. Laisser sécher selon les recommandations du fabricant (généralement 4 à 12 heures). Appliquer une deuxième couche en croisant le sens par rapport à la première. Épaisseur totale minimale : 1,5 à 2 mm.
Pose du complexe en bande :
Dérouler la bande armée imprégnée de résine directement sur le placo hydrofuge. Maroufler au rouleau débulleur pour chasser l’air et garantir l’adhérence. Recouvrir les lés de 5 cm minimum, renforcer les angles avec des bandes préformées. Laisser durcir 24 heures avant de carreler.
Zones à traiter obligatoirement :
- Fond de douche et parois jusqu’à 1,80 m de hauteur minimum
- Tour de baignoire jusqu’à 30 cm au-dessus du rebord
- Angles sol/mur sur tout le périmètre de la zone humide
- Traversées de tuyauterie (manchons d’étanchéité spécifiques)
- Jonction entre deux plaques si située en zone exposée
Omettre le SPEC sous carrelage en zone de projection constitue une non-conformité au DTU 25.41 et expose à des désordres (infiltrations, décollement du carrelage, moisissures cachées) qui invalident les garanties décennales et les assurances dommages-ouvrage.
Erreurs fréquentes avec le placo hydrofuge
Certaines erreurs reviennent systématiquement, souvent par méconnaissance du DTU ou par volonté d’économie mal placée.
Croire que le placo hydrofuge suffit en douche : le H1 résiste à l’humidité ambiante, pas aux projections directes ni au ruissellement. Sans SPEC, l’eau pénètre dans les joints, s’infiltre derrière le carrelage et dégrade la structure en quelques années. Résultat : décollement du carrelage, moisissures, odeurs, travaux de reprise coûteux.
Oublier la SPEC ou l’appliquer partiellement : certains poseurs limitent la membrane au receveur ou au fond de douche, négligeant les parois latérales. Erreur : l’eau ruisselle et s’infiltre par les jonctions. La SPEC doit couvrir toutes les surfaces exposées, angles compris.
Utiliser des joints non hydrofuges : la MAP standard ou un enduit à joint classique se ramollit en milieu humide, favorise les moisissures et finit par craquer. Toujours utiliser un enduit à joint hydrofuge certifié, même si le surcoût atteint 20 à 30 %.
Négliger le traitement du bas de paroi : poser la plaque directement sur le sol ou omettre le mastic de comblement au ras du carrelage expose le plâtre aux remontées capillaires. Le bas de cloison noircit, gonfle et se désagrège. Toujours laisser 1 cm de vide et combler au mastic hydrofuge.
Vis non anticorrosion : des vis en acier standard rouillent en quelques mois en atmosphère humide. Les auréoles brunes traversent la peinture et deviennent visibles. Pire, la corrosion fragilise la fixation. Investir dans des vis inox A2 ou bichromatées certifiées.
Absence de ventilation mécanique : installer du placo hydrofuge dans une salle de bain sans VMC fonctionnelle revient à traiter le symptôme sans soigner la cause. L’humidité stagne, sature l’air, condense sur les murs et finit par dépasser les capacités du H1. Une VMC simple flux bien dimensionnée (débit 15 à 30 m³/h en salle de bain selon surface) reste obligatoire.
Placo hydrofuge : les points à vérifier avant de fermer la cloison
Avant de poser le carrelage ou d’appliquer la peinture, contrôler ces cinq points garantit une mise en œuvre conforme au DTU 25.41 et prévient les désordres ultérieurs.
Nature de la plaque : vérifier visuellement la couleur verte caractéristique du H1. Certains chantiers mélangent par erreur BA13 standard et hydrofuge. Le marquage au dos de la plaque indique la référence exacte (H1, épaisseur, certification).
Fixations anticorrosion : contrôler à l’aimant que les vis sont bien en inox ou bichromatées. Une vis en acier standard s’aimante fortement, une vis inox A2 très faiblement. Espacer les vis de 30 cm maximum sur les bords de plaque.
Joints et bande hydrofuges : le pot d’enduit doit porter la mention “hydrofuge” ou “pièces humides”. Vérifier que la bande à joint utilisée est certifiée hydrofuge (traitement anti-moisissure). Un joint MAP standard se repère à sa couleur gris clair et à l’absence de marquage hydrofuge sur le seau.
Bas de cloison traité : vide de 1 cm visible entre plaque et sol, comblé avec mastic acrylique ou silicone. En EB et EB+, bande d’étanchéité périphérique remontant sur 10 cm minimum contre les montants.
SPEC posée en zone de projection : membrane d’étanchéité visible sur fond et parois de douche, baignoire, tour de receveur. Continuité assurée au niveau des angles et traversées. Épaisseur minimale 1,5 mm pour les membranes liquides, recouvrement de 5 cm pour les bandes armées.
Un placo hydrofuge bien posé, avec joints hydrofuges, fixations anticorrosion, bas de cloison traité et SPEC en zone exposée, traverse les décennies sans désordre. Associé à une ventilation mécanique performante, il garantit un environnement sain, sans moisissure ni dégradation, tout en respectant les exigences du DTU 25.41 et les garanties décennales.
